mardi 20 juin 2017

Solstice d'été au par Major, Ottawa (ajout)


Samuel de Champlain sur la Pointe Nepean, à Ottawa, tenant son astrolabe à l'envers. Photo votre serviteur, 2015.



Le solstice d'été survient cette année le 21 juin à 00h24, heure d'Ottawa (04h24 GMT).

La journée la plus lumineuse de l'année recèle pourtant des mystères. Voyez cet intéressant billet d'un blogue tout aussi intéressant - Ottawa Rewind, tenu par Andrew King - que je ne découvre que maintenant :

«Mysterious Solstice Monument in Ottawa's Major's Hil Park»

Le parc Major à Ottawa est peut-être plus qu'un banal parc. Est-il lié à un culte solaire ? Même l'astrolabe de Samuel de Champlain sur la Pointe Nepean (photo) est impliqué dans cette histoire.

NOTE. - Un commentaire au billet d'Ottawa Rewind laissé par un certain Pierre, le 11 février 2017, explique une patie du mystère :
«The pad is actually an unfinished Sun dial built in the mid 90’s by Malette Granite for the NCC. The company went bankrupt mid way through the project. They were also responsible for the 3 little monuments sitting around the sundial with plaques and the chimney type thing at the other end of the park.
The work was completed by Bussiere Granite after Malette went bankrupt.
The NCC provide the design and blueprints for this project so they should have more info related to this sundial and the monuments surronding it.
How do I know this? I worked on this project as a Malette employee and finished the project as a Bussiere Granite employee after Malette went bankrupt.»


AJOUT (21 juin 2017)



Photo prise au parc Major d'Ottawa le 21 juin, jour du solstice, à 20h55, au moment du coucher du soleil. La bande au centre vise le point de l'horizon où doit se coucher le soleil au solstice d'été. (En fait, elle vise un arbre qui obstrue la vue. Derrière, un écran géant temporaire ajoute sa nuisance.) 

Comme le solstice s'était produit à 00h24, le coucher de soleil de la veille était en réalité plus près du moment des conditions exactes du solstice. Mais le parc Major était fermé au public le 20 juin. Il existe bien de l'autre côté du parc une seconde structure au sol qui permet de s'orienter vers le solstice (voir le billet d'Ottawa Rewind, lien plus haut), mais elle était clôturée et d'accès interdit, les 20 et 21 juin.

À quoi sert un cadran destiné à repérer le point où le soleil se couche le solstice d'été si, à ce moment de l'année, le parc est soit fermé soit encombré d'installations qui bouchent la vue ?

mercredi 14 juin 2017

Les chutes en gradins du ruisseau de la Brasserie


Fig. 1. - Scene on Brewer Creek./''Artwoork on Ottawa [sic]'' by William H. Carre 1898/Pub. The Emporium. 
Chutes du ruisseau de la Brasserie, Hull (Gatineau), QC, en 1898, avant la construction du château d'eau et de la centrale hydroélectrique en 1902. Les bâtiments sont probablement ceux de la Henry Walters and Sons (fabrique de haches). Visée vers le SW.
Pedigree de la photo : une épreuve encadrée, don de Michel Prévost, président de la Société d'histoire de l'Outaouais (SHO) au musée du patrimoine brassicole des Brasseurs-du-Temps (BdT). Marc Godin, vice-président, responsable du développement des affaires des BdT et membre du ca de Gatineau plein air (GPA), m'a aimablement transmis un fichier de l'image.



Fig. 2. - Même point de vue, ou à peu près, août 2011. L'ancienne centrale n'est plus en fonction depuis 1971 ; le château d'eau, masqué par les feuillages, à gauche, est aujourd'hui occupé par Les Brasseurs du Temps.


Autres billets sur le même sujet

Ce billet est la suite immédiate de ceux du 23 mars et du 19 mars 2017 sur la chute du ruisseau de la Brasserie, à Hull (Gatineau), QC. De façon plus large, sur l'origine du ruisseau, voir les billets du 5 févr. 2016 et du 1er mars 2014.


Le cliché de William H. Carre au début du billet (fig. 1 et détails plus bas) est l'un des rarissimes documents qui permettent de se représenter l'allure des chutes du ruisseau de la Brasserie, à Hull, dans leur état naturel, ou presque. En 1898, date de la prise de la photo, en effet, le pouvoir hydraulique des chutes était utilisé depuis presque 100 ans. Mais elles s'écoulaient à l'air libre sur presque toute leur largeur et personne encore ne semblait s'être soucié de rectifier les rives du ruisseau en aval. Au début du XXe s., la construction d'un château d'eau et d'une centrale hydraulique a considérablement modifié le paysage et la chute est depuis pratiquement occultée (fig. 2). (Voir section «Les chutes : brève histoire», plus bas.)

Dans mon billet du 23 mars 2017, j'estimais, coupe récente du ruisseau à l'appui, la hauteur des chutes à environ 9 pieds, soit 2,75 m. La coupe ne montrait toutefois qu'un seul escarpement dans le lit du ruisseau. Marc Godin, des Brasseurs-du-Temps (BdT), m'avait pourtant objecté qu'il y avait en réalité deux (ou même trois*) chutes qui se suivaient à peu de distance. On peut se demander s'il n'a pas été plus rentable, lors de la construction de la centrale électrique, de réduire les deux petites chutes en une seule, plus grande et plus facilement exploitable (hypothèse personnelle).
* La troisième (et très hypothétique) chute serait sous le pont, dans l'ombre, invisible sur la photo.

«[...] si on se fit à la hauteur des fenêtres de dimensions ''Standard'' de la Creek Brewery, on voit sur cette même photo, on peut évaluer la hauteur de ces seuils à environ 3-4 pieds de hauteur et 5-6 pieds de hauteur. Cette photographie vient donc appuyer le plan du profil modifié par Vézina ainsi que l'analyse qu'en a faite Henri. La hauteur totale du dénivelé naturel à cet endroit aurait effectivement été d'environ 9 pieds comme l'a déduit Henri [de Géo-Outaouais].» (Source : courriel de Marc Godin.)

Cette descente en gradins n'est pas incompatible avec mon hypothèse d'une origine tectonique récente (post-glaciaire) des chutes. Les failles sont rarement simples, mais surviennent habituellement en faisceaux ou réseau et il faut aussi compter avec les effets de l'érosion sur les irrégularités et fragilités du socle. Voir les billets du 5 févr. 2016 et du 1er mars 2014 à ce propos. Le fin mot de l'histoire n'est donc pas encore dit.

Sur le souci des Brasseurs du Temps de conserver le patrimoine naturel, voir le billet du 15 juillet 2013 intitulé «Ruisseau de la Brasserie : vieux morceau intact».


Les chutes : brève histoire

En 1813, Philemon Wright a fait construire une distillerie-brasserie aux chutes du ruisseau : le Brewery Creek trouve son nom. Vers 1855, Sexton Washburn, manufacturier de haches, s'installe dans les bâtiments de la brasserie. En 1886, la cie change de main et devient la Henry Walters and Sons. La Walters déménage sur l'autre rive au début du XXe s. pour faire place au château d'eau et à la centrale électrique. La centrale et le château d'eau ont été en service jusqu'en 1971. Le château est aujourd'hui occupé par Les Brasseurs du Temps tandis que la centrale demeure inutilisée. (Sources : Musée canadien de l'Histoire et Répertoire du patrimoine culturel du Québec.)



Fig. 3. - Détail de la photo de Carre. Les chutes, en deux paliers, sont nettement visibles. À la droite des chutes, écoulement de l'eau qui faisait tourner la roue de la Henry Walters and Sons. Les strates de calcaire sur les rives sont encore dans leur état naturel et portent les marques de l'érosion par l'eau.
«Une digue construite au haut de la chute dirigeait l'eau vers un canal d'amenée et de turbines, permettant ainsi à ces industries d'exploiter le pouvoir hydraulique du ruisseau. Le château d'eau construit sur ce site au début du XXe siècle exploitait également cette énergie. Tout en puisant et en filtrant l'eau potable destinée au système d'aqueduc, le complexe municipal comprenait aussi une centrale hydroélectrique qui permettait d'éclairer une partie du Vieux-Hull et quelques édifices municipaux. [...] Ce bâtiment [le château d'eau] érigé entre 1902 et 1905 comprend trois pompes hydrauliques actionnées par une chaudière à vapeur. À l'exemple des systèmes d'aqueducs alors érigés, le nouvel aqueduc de Hull filtre l'eau avant que celle-ci ne soit distribuée par un système de canalisation. Le château d'eau a fourni en eau Hull jusqu'en 1971 en utilisant jusqu'à neuf pompes dans la station.» (Source : Répertoire du patrimoine culturel du Québec.)



Fig. 4. - Agrandissement. Derrière les chutes, le pont de la rue Montcalm (Brewery Road, à l'époque). Au-delà du pont, devant la ligne d'un long bâtiment (Hanson's Wollen Mill ?), un relief irrégulier : cordes de bois, affleurement rocheux ? Si c'est le cas, il a été arasé et n'existe plus aujourd'hui ; je penche cependant pour la première hypothèse.



Fig. 5. - Figurant bénévole (agrandissement).

lundi 12 juin 2017

Trait d'union lac Leamy - ruisseau de la Brasserie (ajout)



Fig. 1. - 1 et 2 : ponts du sentier du lac Leamy au dessus de l'ancien chenal naturel qui unissait le lac au ruisseau de la Brasserie. Ligne blanche : suite du tracé de l'ancien chenal au sud-est des ponts. 3 : ponts et canal artificiel entre la carrière (en fait, lac de la Carrière) de la Canada Cement inondée et le lac Leamy. 4 : fontaine. A5 et A 50 : autoroute. RB : ruisseau de la Brasserie (l'eau s'écoule vers l'est, vers la droite). Photo satellite © Google 2017.



Fig. 2. - Sentier du lac Leamy, Gatineau, QC. L'un de deux ponts (no 1 sur la photo satellite) qui passent au dessus de l'ancien chenal naturel qui unissait le lac (visible ici) et le ruisseau de la Brasserie par temps de crue. Visée vers le NW, vers le lac Leamy. Photo 7 juin 2017.



Fig. 3. - Sentier du lac Leamy, Gatineau, QC. Le second des deux ponts (no 2 sur la photo satellite) qui passent au dessus de l'ancien chenal naturel qui unissait le lac Leamy et le ruisseau de la Brasserie par temps de crue. L'ancien chenal est aujourd'hui envahi par la végétation (et par la crue du printemps, situation temporaire). Visée vers le SE. Photo 7 juin 2017.


Les vieilles cartes ont leur utilité, mais elles sont d'usage délicat. Non pas qu'elles soient inexactes (je parle ici des bonnes cartes), mais elles sont souvent sélectives dans le choix des traits topographiques qu'elles décident de représenter ou pas. Ce que l'une met en évidence, une autre l'omet, et vice-versa.

D'où la nécessité, pour qui veut reconstituer la topographie originelle de la ville de Hull disparue sous l'asphalte, le béton et les remplissages, de consulter plusieurs documents.

Ainsi, avant de faire connaissance avec la carte de Snow et Fils (1887 ; fig. 4), je n'avais jamais remarqué le chenal naturel qui réunissait, du moins durant les crues («Channel in high water», fig. 4a), le lac Leamy au ruisseau de la Brasserie, deux entité normalement séparées.

Depuis j'ai constaté que le chenal apparaissait, plus discrètement toutefois, sur d'autres cartes, la plus récente datant de 1942. La construction des autoroutes dans les années 1960 a signifié la fin de ce trait d'union intermittent entre le lac et le ruisseau. Aujourd'hui, on en trouve un vestige dans une étroite baie du lac Leamy. Deux ponts pour piétons et cyclistes l'enjambent (cartes et photos).

Dans son développement, la carrière de la Canada Cement - aujourd'hui lac de la Carrière - en était presque arrivé à oblitérer le sillon.

Par temps de crue, à croire la configuration du chenal, les eaux devaient couler du lac vers le ruisseau. Le lac Leamy étant en communication avec l'Outaouais par plusieurs voies et le ruisseau de la Brasserie n'étant qu'un bras de la rivière, on en arrive à imaginer cette dernière alimenter le lac pour lui retourner ses eaux... Je reviendrai sur ce point dans un autre billet.


Fig. 4. - Le chenal entre le lac Leamy, au nord, et le ruisseau de la Brasserie, au sud. Carte Snow and Son (1887). Le quadrillage de la carte est N-S.
Map of the City of Ottawa, P. Ontario, and the City of Hull, P. Quebec, and Their Adjacent Suburbs. Compiled by John A. Snow and Son, Provincial Land Surveyors and C.E.ng's from Personal Surveys and Official Records. Scale 660 Feet to One Inch (1887).
Le quadrillage des rues à Hull est approx. N-S et E-W. Photo à main levée, distorsions possibles.



Fig. 4 a. - Détail. «Channel in high water».



Fig. 5. - Pont sur le canal artificiel (no 3 sur la photo satellite) entre le lac Leamy et la carrière de la Canada Cement (lac de la Carrière). Visée vers la carrière, au sud. L'ancien chenal naturel passe à gauche (à l'est) du canal artificiel. Photo juillet 2013.


AJOUT (13 juin 2017)

Photo : Photothèque nationale de l'air (PNA), A2181-33, 1/4000, 9 mai 1930.


En fouillant dans mes archives, j'ai trouvé cette photo aérienne du lac Leamy datant de 1930. La carrière de la Canada Cement, à gauche, était à cette époque à un stade de développement embryonnaire comparé à celui qu'affiche le lac de la Carrière actuel (voir fig. 1). L'entrée du chenal (baie effilée au sud du lac) est bien exprimée, mais son prolongement vers le SE, vers le ruisseau de la Brasserie (visible en bas à droite de la photo), reste très discret, sinon indiscernable. On remarque quand même le dédoublement du chemin est-ouest au nord du ruisseau, dans l'axe du chenal (voir détail 1).


Détail 1. Gémination et déviation du chemin dans la dépression que suivant le chenal (en sombre) ? En bas, le ruisseau de la Brasserie.


Détail 2. Les berges du lac Leamy et l'entrée du chenal jusqu'au pont sont jonchées de pitounes.

vendredi 9 juin 2017

Back-Wallingford parmi les 10 sites les plus menacés de la Fiducie nationale du Canada


Photo : OutdoorOttawa
La mine Back-Wallingford figure parmi les 10 sites les plus menacés du palmarès 2017 de la Fiducie nationale du Canada (lien). Un appui de taille aux personnes qui se sont démenées pour sauvegarder ce joyau du patrimoine géologique et industriel de l'Outaouais.

(Autres billet du blogue sur la mine Back-Wallingford : lien.)


«La Fiducie nationale du Canada présente le Palmarès 2017 des 10 sites les plus menacés

À la Fiducie nationale du Canada, nous croyons que les lieux importent. Ils racontent le Canada, ils nous rattachent à nos racines et ils sont les pièces maîtresses d’un avenir durable. Chaque année, le Palmarès des 10 sites les plus menacés braque les projecteurs de la nation sur des lieux historiques menacés parce qu’ils sont négligés, par manque de fonds, par suite d’un aménagement inapproprié ou en raison de la faiblesse des lois.

''Les Canadiens sont attachés à leurs lieux spéciaux, a fait valoir la directrice générale de la Fiducie nationale Natalie Bull. Pourtant, des forces influentes menacent de les détruire. Le Palmarès des 10 sites les plus menacés de la Fiducie nationale est devenu un puissant outil dans la lutte pour sauver des lieux qui importent.''»

[Le Palmarès annuel de la Fiducie a été lancé en 2005.]

Mission de la Fiducie
«La Fiducie nationale inspire et incite à l'action à l'égard des lieux qui importent. Nos sites, nos projets et nos programmes mobilisent les Canadiens, renforcent l'identité locale et donnent vie au patrimoine.»


Sites géologiques exceptionnels

Rappelons que la mine Back-Wallingford a été proposée aux Sites géologiques exceptionnels (SGE) du ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles du Québec. En octobre 2016, la mine n'était toujours qu'un «site proposé», elle en était donc à étape qui précède celle de «site à l'étude» qui mène – on l'espère – à l'inscription définitive parmi les SGE. Voir le billet du 1er oct. 2016.

jeudi 8 juin 2017

Feu le saule de la rivière


Suite du billet du 7 mai 2017.

Fig. 1. - L'île Hull émerge des eaux de l'Outaouais en décru. Où est passé le saule ? Photo prise le 8 juin 2017 depuis le belvédère derrière la Cour suprême.


Fig. 2. - Le saule et l'île Hull le 7 juillet 2014. Même point de vue que pour la première photo.


L'île Hull (et non l'Île-de-Hull, ne pas les confondre), entre Ottawa et Gatineau, commence à émerger des eaux de l'Outaouais en décru. Quelques herbages apparaissent, les oiseaux sont revenus (fig. 1).

On en voit désormais assez pour se rendre compte que la disparition du saule qui, depuis plus de dix ans, poussait sur l'île, est bien avérée (voir billet du 7 mai 2017.) L'arbre n'a pas résisté à la crue historique de ce printemps.

Ce n'était pas la première crue qu'il encaissait. Chaque printemps, l'île demeurait submergée un long moment ; l'arbre, dont les branches émergeaient des eaux, avait toujours tenu le coup.

Il émergeait encore des eaux le 4 mai (fig. 3) ; le 7 du même mois, j'ai constaté sa disparition.

J'aurais aimé voir l'île reverdir et reprendre l'allure qu'elle avait autrefois (fig. 4). Restent les herbages qui, comme le roseau de la fable, ont plié face au courant sans être déracinés.



Fig. 3. - Dernière photo du saule émergeant, comme chaque printemps, de la rivière en crue. Photo prise depuis le pont Alexandra, le 4 mai 2017.


Fig. 4. - L'île Hull (à droite) en ses temps plus verts. Elle portait au XIXe s. le nom (inapproprié, d'après cette toile) de Lone Pine Island.
Barrack Hill (future Colline du Parlement) et l'île Hull (entre 1843-1859) : Two Pines Island ?
Edmund Willoughby Sewell (1800-1890), View of Barrack Hill and the Ottawa River at Bytown (Ottawa), vers 1843-1859, huile sur toile. Bibliothèque et Archives Canada, no MIKAN 2837003.