mercredi 23 août 2017

Hors sujet : les quatre réservoirs oubliés de l'ex-Gilmour à Hull (suite)


Suite du billet du 15 août 2017, « Hors sujet : les quatre réservoirs oubliés de l'ex-Gilmour à Hull ».



Carte tirée de l'Ottawa Railway History Circle. Plans for railways in the Ottawa Area. Jan. 1921, amended sept. 1946.  http://www.railways.incanada.net/circle/plans.html


La persévérance trouve parfois sa récompense (aidée de son indispensable petite sœur, la chance).

Je me demandais (et d'autres avec moi) ce que faisaient ces quatre gros réservoirs sur les terrains de la Gilmour & Hughson, dans l'angle NE de l'Île-de-Hull. (Voir billet du 15 août dernier.)

J'avais la réponse, mais je l'ignorais. Fouillant mes archives pour d'autres raisons, je tombe sur une carte de l'Ottawa Railway History, datée de 1921 et retouchée, ou amendée, en 1946. Je n'ai aucun intérêt pour l'histoire ferroviaire en particulier, mais je conserve toutes les cartes de la région de Hull qui me tombent sous la main. Celle-ci dormait dans mes fichiers électroniques depuis 2012. Aucune raison ne m'invitait à l'examiner, sinon que je cherchais à vérifier la date de construction d'un pont de chemin de fer à Hull.

Affichant le document, je remarque immédiatement (mais si on a aucune raison d'y prêter attention, la chose passe inaperçue) un ajout à la main (l'amendement de 1946 ?) visant précisément les réservoirs de la Gilmour : un gros point rapporté à la B.A. Oil Co. Plus au sud, près du pont Alexandra, les réservoirs de la Shell Oil Co. & Supertest Oil Co., mais ceux-là étaient déjà connus, sont aussi indiqués.

La B.A. Oil Co., c'est la British American Oil Co., plus tard la Gulf-Canada puis Gulf-Canada Resources et, finalement, depuis 2001, la Phillips 66 Canada. (Wikipedia ; voir aussi le site d'Alex Colwell, Collector of British American Oil Memorabilia.)

Les quatre hypothétiques réservoirs s'avèrent donc en être de vrais. En fait, leurs propriétaires avaient été correctement identifiés, mais on avait supposé que tous les réservoirs étaient rassemblés près du pont Alexandra, dans la partie sud de l'actuel parc Jacques-Cartier, d'où la surprise d'en découvrir un quatuor dans son extrémité nord. « Les compagnies pétrolières, Supertest Petroleum, Shell Oil Company of Canada, et British American Oil Company sont propriétaires d’entrepôts installés dans le futur parc Jacques-Cartier. » (Louise Dumoulin, Les chantiers navals à l’emplacement du Musée canadien de l’histoire et du parc Jacques-Cartier.)

Bref, nous avions tout en main pour résoudre le mystère (reste celui de la date d'installation et de démontage des réservoirs). Leur présence explique la contamination en hydrocarbures du sol et de l'eau (revoir mon billet du 15 août dernier).

Eh non, je n'ai pas trouvé la date de la construction (et de la démolition) du pont de chemin de fer hullois qui m'intéressait. Mais ceci est une autre histoire.



Détail de la carte. Le pont, au centre, est le pont Alexandra, au dessus de l'Outaouais. À l'ouest (gauche), Hull ; à l'est (doite), Ottawa.


Rappel : la photo publiée dans le billet du 15 août dernier.




Photothèque nationale de l'air (PNA), photo A6354-60, 25 sept. 1938 (détail). Au nord, les anciens terrains de la scierie et de la cour à bois de la Gilmour & Hughson à Hull. Ces terrains font aujourd'hui partie du parc Jacques-Cartier. 1. Bureaux administratifs (actuelle Maison du vélo) ; 2. Cheminée de la scierie à vapeur démolie ; 3. Réservoirs de la B.A. Oil Co. ; 4. Piste de courses. Au nord, le ruisseau de la Brasserie, à l'est, l'Outaouais.

lundi 21 août 2017

Hors sujet. - Éclipse, soleil et lunules


Cette photo et les suivantes. - Projections du soleil au sol durant l'éclipse partielle du 21 août 2017, Ottawa, vers 14 h 48, peu après le maximum de l'éclipse.


L'ombre des arbres aménage une sorte de chambre noire sous leur feuillage. À la faveur de chaque d'interstices dans ce dernier, le soleil projette son image au sol. En temps normal, on ne remarque pas son ovale ainsi multiplié dans l'herbe ou sur l'asphalte. Durant une éclipse, quand il ne reste plus du soleil qu'un croissant lumineux, une multitude de lunules apparaissent par terre.

Le soleil qui dessine des lunules ? Le monde est rempli d’absurdités bien plus graves que celle-là.


Chaque croissant est la projection de l'image du soleil au sol.


Lunules de soleil comme des vaguelettes au sol.


mardi 15 août 2017

Hors sujet : les quatre réservoirs oubliés de l'ex-Gilmour à Hull


Il y a une suite à ce billet (23 août 2017).


Photothèque nationale de l'air (PNA), photo A6354-60, 25 sept. 1938 (détail). Au nord, les anciens terrains de la scierie et de la cour à bois de la Gilmour & Hughson à Hull. Ces terrains font aujourd'hui partie du parc Jacques-Cartier. 1. Bureaux administratifs (Maison du vélo actuelle) ; 2. Cheminée de la scierie à vapeur démolie ; 3. Réservoirs ; 4. Piste de courses. Au nord, le ruisseau de la Brasserie, à l'est, l'Outaouais.


Billets du blogue concernant la Gilmour

Autres sources



Il y aurait beaucoup à dire sur la photo qui ouvre ce billet. Elle provient de la collection de la Photothèque nationale de l'air (PNA) où elle est conservée depuis 1938. Elle montre les terrains de l'ancienne papetière Gilmour & Hughson (d'abord Gilmour and Co.) à  la confluence du ruisseau de la Brasserie avec l'Outaouais, à Hull (Gatineau). L'histoire de cette compagnie à cet emplacement remonte à 1874. La scierie change de main une première fois en 1920 puis passe à la Canadian International Paper Co. (CIP), qui achète et ferme l'entreprise en 1925. En 1933, la Commission du district fédéral achète le terrain et démolit la scierie, laissant subsister la haute cheminée (no 2 sur la photo). D'autres photos aériennes permettent de préciser (façon de parler) que cette dernière a finalement été détruite entre avril 1951 et mai 1954.

La Commission du district fédéral, ancêtre de la Commission de la capitale nationale, intègre les terrains au parc Jacques-Cartier qui se prolonge le long de l'Outaouais vers le sud.


La piste

Revenons à la photo. Pour qui se passionne sur l'histoire de la ville de Hull, elle contient de quoi alimenter des pages et des pages de considérations, mais concentrons-nous sur deux éléments. D'abord, la piste de course (no 4 sur la photo), aucunement documentée, installée sur une partie de l'ancienne cour à bois de l'ex-Gilmour. Sur certaines photos aériennes prises aujourd'hui, on distingue encore des traces de la piste dans la texture de la pelouse. Qui l'a installée ? À qui était-elle réservée ? Si vous avez des éléments de réponse, pourquoi les garder pour vous? Contactez-moi !


Les quatre réservoirs

Mais il y a plus surprenant. Les quatre réservoirs, du côté ouest du terrain, ont fait sursauter tous ceux à qui j'ai montré la photo (no 3). La présence de réservoirs pour l'huile et le carburant au sud de l'actuel parc Jacques-Cartier, près du pont Alexandra, dès 1930, est bien documentée. Les derniers n'ont été retirés qu'en 1965. (Source : Louise Dumoulin, Les chantiers navals à l’emplacement du Musée canadien de l’histoire et du parc Jacques-Cartier)

D'après des photos aériennes de la PNA que j'ai pu examiner, les quatre réservoirs blancs n'existaient pas en 1928. Ils apparaissent sur des clichés pris le 5 mai 1933, en gris, comme s'ils n'avaient pas encore été peints : mais ça peut être un effet de l'éclairage. Sur la photo au début de cet article, prise le 9 septembre 1938, ils présentent en tout cas une teinte nettement plus claire. Une photo datant du 9 décembre 1949 (voir plus bas) atteste qu'à cette date, les réservoirs avaient été désinstallés. À leur emplacement, qui se laisse parfaitement deviner, l'on répand un matériau clair non identifié, comme pour combler leurs fondations. Ce matériel clair affleure à la surface sur une photo datant de mai 1954, malheureusement trop peu détaillée.

Les grands intervalles entre les photos disponibles nous laissent avec une non moins grande marge d'incertitude quant à l'installation et la désinstallation des réservoirs de l'ex-Gilmour. Il faudrait d'autres recherches pour préciser ces dates.


Sol contaminé

On sait que le sol des terrains de l'ex-Gilmour sont contaminés par des hydrocarbures, des métaux et des semi-métaux (voir le billet du 28 janv. 2016 et suivre les liens). Pour les hydrocarbures, les réservoirs (installés après la fermeture de la scierie, ne l'oublions pas) sont sûrement en cause ; pour les métaux et semi-métaux, j'ignore si une cour à bois près d'une scierie « à vapeur » pourraient expliquer ce genre de contamination.

Ces quatre réservoirs oubliés n'avaient rien de clandestin, chacun aurait pu engloutir une maison. La mémoire de leur existence semble s'être effacée, mais le sol se souvient de tous ce qu'il a absorbé durant l'époque industrielle de la ville.

Si vous en savez plus, n'hésitez pas à m'en faire part. Pour une fois, votre message sera (vraiment) important pour quelqu'un !...


Quelques précisions

D'après la Carte interactive des sites contaminés du Québec, accessible par le site de L'actualité dans un dossier signé Hugo Joncas, le site de l'ex-Gilmour, sol et eau, est contaminé par des hydrocarbures (hydrocarbures pétroliers et produits pétroliers ; hydrocarbures aromatiques monocycliques ; BTEX (benzène, toluène, éthylbenzène, xylène) ; le sol est en outre contaminé par des métaux et semi-métaux.

Rassurez-vous : la situation n'est pas propre (mot mal choisi) à Hull, ni à notre pays, ni à aucun autre sur la planète... Donc, pas d'inquiétudes !



Photothèque nationale de l'air (PNA), photo A11794-4512 sept. 1948 (détail). Même légende que pour la première photo : 1. Bureaux (maison du Vélo actuelle) ; 2. Cheminée de la scierie à vapeur démolie ; 3. Remplissage(?) sur l'emplacement des réservoirs ; 4. Traces de la piste de courses. Au nord, le ruisseau de la Brasserie, à l'est, l'Outaouais.


Terrain de la Gilmour and Hughson Company (acheté dans en 1925 par la Canadian International Paper Co.), 1928. Les bureaux administratifs (no 1 sur les photos) sont dans le petit bâtiment carré, de couleur bleue, en haut du plan. La scierie est en jaune, au NE.
Insurance plan of Hull, Quebec, 1928, Toronto ; Montreal : Underwriters' Survey Bureau Limited, 1 carte en 33 coupures : coul. ; 63 x 54 cm chac., échelle : 1:600, feuillet no 25 (3851615_025), Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), Centre d'archives de Québec de BAnQ, P600,S4,SS1,D3, Numéro catalogue Iris : 0003851615. Lien : http://services.banq.qc.ca/sdx/cep/document.xsp?id=0003851615



Photo Google Earth. Le site tel qu'il est de nos jours. 1. Maison du vélo.

vendredi 4 août 2017

Carrière de feldspath perdue et retrouvée à Gatineau



Fig. 1. - Ancienne carrière de feldspath dans une colline au nord du lac Beauchamp, à Gatineau, Qc (lot 14 du Rang II, comté de Templeton). Photo Spence, 1916.


Pourquoi le boulevard Saint-René, au nord du lac Beauchamp, à Gatineau, fait-il une boucle qui l'éloigne de la voie ferré du CP qu'il longe de près autrement sur plusieurs km ? Je savais qu'il avait existé un indice de feldspath au nord du lac, mais je croyais qu'aucun travail véritable n'y avait été mené. Mais si le tracé du chemin, qui remonte au XIXe s., avait été dessiné ou modifié en fonction de cette carrière ?

J'ai voulu vérifier.

Oui, il a bien existé une carrière de feldspath au nord du lac Beauchamp. Je peux aujourd'hui l'assurer. Elle était située au sommet d'une colline, entre la voie ferrée et le boul. Saint-René. Cependant, le chemin a été tracé tel qu'il est avant l'ouverture de la carrière, ce qui infirme mon hypothèse. En fait, la carrière, je m'en suis rendu compte, est d'envergure trop modeste (env. 25 m x 15 m ; voir fig. 3 et 4) pour avoir justifié le détour du chemin. On peut raisonnablement supposer qu'on a jugé préférable de contourner les collines au nord du lac. Du moins pour le chemin, parce que la voie ferrée, qui obéit à d'autres impératifs, file tout droit sans se soucier du relief.

J'ai déjà exploré les bois au nord du lac sans rien y voir qui laissait soupçonner la proximité d'une carrière. Il y avait bien des blocs de roches anguleux ici et là, mais je les expliquais par les travaux de la tranchée du chemin de fer. En fait, je n'étais pas approché suffisamment de la carrière.

La « découverte » (toute personnelle) de cette carrière ne bouleversera personne. Mais le secteur du lac Beauchamp m'intéresse et tout ce qui s'y rattache a pour moi de l'importance.


La carrière (d'après Spence, 1916)

La carrière est située dans le lot 14 du Rang II du comté de Templeton. Elle a été ouverte en 1896 par J.H. Taylor d'Ottawa qui l'a exploitée durant deux ans. Durant cette période, la carrière, qui occupait 15 hommes, a produit 2000 tonnes de feldspath qui ont été expédiées à East Liverpool, en Ohio. En 1908, l'Electric Reduction Company de Buckingham y a mené d'éphémères travaux.

La profondeur de la carrière atteignait 25 pieds (7,6 m) pour une longueur de 75 (23 m) et une largeur de 45 (14 m). Elle a été creusée dans une colline basse - celle qui, comme je l'ai dit, explique le détour du chemin.

Le fedspath était extrait d'un dyke de pegmatite granitique d'orientation N-S. Sa longueur était de 400 pieds (120 m) pour une largeur de 15 pieds (4,6 m) et moins. Le contact avec la roche hôte, un gneiss rouillé, était mal défini et de nombreux filons et apophyses de granite pénétraient dans le roc encaissant. (Des tranchées de roc rouillé sont d'ailleurs visibles au nord du lac de part et d'autre de la voie ferrée.) Le feldspath était un orthoclase rose dont les cristaux pouvaient atteindre 1 pied (30 cm). Le quartz survenait en veines et masses dispersées. Des cristaux de hornblende noire de 24 pouces (60 cm) par 12 pouces (30 cm) ont été observés. Les minéraux accessoires sont la tourmaline noire, la muscovite, la magnétite, le grenat rouge, la fluorine violette et la biotite.



Mica ?

Je ne sais plus qui m'a demandé il y a plusieurs années s'il avait eu une mine de mica au lac Beauchamp. Des carrières de grès, ça, on le savait, mais il ne s'agissait pas de ça (voir le billet du 23 janv. 2011). J'avais répondu qu'il y avait un indice de feldspath, jamais exploité, au nord du lac, c'est tout. J'avais a moitié raison et à moitié tort. Il n'a pas existé de mine de mica au lac Beauchamp, mais une carrière de feldspath y a bien été exploitée. Celle-ci n'a pas produit de mica, ce minéral n'étant qu'accessoire dans le granite.

Jusqu'à aujourd'hui, je n'avais que la carte de Spence (1916 ; fig. 2a et 2b comme source de renseignements. L'accès récent au texte du rapport qui contenait la carte (fig. 3 et 4) m'a permis d'en savoir plus et d'orienter mes recherches.



Référence

  • Spence, Hugh Swaine (Schmid, Hugh S. de), Feldspar in Canada. Canada Mines Branch, 1916. (L'auteur a été contraint de changer son nom à consonance allemande durant la Grande Guerre : H.S. Schmid est devenu H.S. Spence. Je le précise parce qu'il a publié de nombreux rapports sous ces deux noms.)



Fig. 2a. - Carte tirée du rapport de Spence, 1916. Carrières et indices de feldspath dans le comté de Templeton, Qc. Le point rouge le plus au sud (le no 1 ; Electric Reduction Co.) est celui qui nous intéresse. (Cliquer sur la carte pour la voir à sa pleine grandeur.)



Fig. 2b. - Détail de la fig. 2a. La carrière de feldspath de la Electric Reduction Co. est située entre la voie ferrée du CP et l'actuel boulevard Saint-René qui semble faire une boucle pour l'éviter. En fait, la carrière est minuscule et ne saurait justifier le détour du chemin qui s'explique par le relief. Sous le point rouge, le lac Beauchamp, anonyme, ressemble à un pépin de pomme.



Fig. 3. - Service de documentation et d'information spécialisées (SDIS) - INRS , carte du LiDAR (relief ombré). L'extrémité nord du lac Beauchamp est visible au centre, en bas de la photo. Le chemin de fer traverse le secteur d'est en ouest au nord du lac. Le boulevard Saint-René fait un large détour pour éviter les collines au nord du lac. X : curieuse formation qui semble artificielle. (Cliquer sur la carte pour la voir à sa pleine grandeur.)



Fig. 4. - © Google. Gros plan sur le X de la fig. 3. Par ses dimensions et son emplacement au sommet d'une colline, cette « piscine » correspond bien à la carrière de feldspath recherchée.

mercredi 26 juillet 2017

Adieu, stromatopores de la promenade Sussex



Fig. 1. - Deux stromatopores datant de l'Ordovicien (485-443 Ma), promenade Sussex, à Ottawa, révélés par l'altération du calcaire. Photo 28 janv. 2012. Voir fig. 2a et 2b.


Ce blogue a eu l'occasion déjà de déplorer des disparitions. Celle des pagaies du monument des Voyageurs (13 juillet 2017), du saule de l'Île-Hull (8 juin 2017) et de la falaise de calcaire du boulevard Maisonneuve (20 mai 2014), toutes ayant eu pour cadre la Ville de Hull (Gatineau). En voici une nouvelle, d'une moindre ampleur, touchant la Ville d'Ottawa cette fois.

Les stromatopores de la façade du 459, promenade Sussex, à Ottawa (voir le billet du 1er nov. 2012 pour en savoir un peu plus sur ces fossiles), préservés jusqu'à récemment dans un calcaire ordovicien (485-443 Ma), n'ont pas survécu aux travaux de restauration qui se tiennent cet été. J'ignore si les vieilles pierres ont été remplacées ou si on s'est contenté de retravailler leur surface (je penche pour la première hypothèse : comparez les fig. 3 et 4). Le résultat dans les deux cas est le même : les stromatopores ont disparus. La perte n'est pas immense au point de vue scientifique. C'est un deuil strictement personnel, ces charmants fossiles étaient devenus des points de repère familiers dans mes promenades.

Le 457-459 Sussex fait partie des bâtiments patrimoniaux de la Ville d'Ottawa. Il a été construit en 1850 par l'architecte King Arnoldi. L'édifice avait vocation d'accueillir des commerces et des bureaux. Il est propriété de la Commission de la capitale nationale (CCN) depuis 1961. (Voir Wikipedia (l'édifice porte le no 4715) et Lieux patrimoniaux du Canada.)

La pierre calcaire abonde à Ottawa et les environs, les carrières étaient nombreuses autrefois (voir le billet du 9 sept. 2015 sur les carrières à Hull). On a utilisé le calcaire local pour construire les édifices de la promenade Sussex. Je me demande cependant d'où provient le calcaire neuf utilisé pour la restauration. Je ne serais pas surpris d'apprendre qu'il a été plus simple de le faire venir d'ailleurs. C'est comme si le Sahara importait du sable. Quant à interroger la CCN... La Commission semble avoir les Portugaises ensablées quand je m'adresse à elle.

Savez-vous que le site de l'Eozoon canadense est menacé par un développement domiciliaire ? (Voir billet du 3 févr. 2017.) La suite dans un prochain billet.



Fig. 2a. - Gros plan du gros stromatopore en dôme de la fig. 1. Largeur de l'individu : env. 20 cm. La rouille a dû contribuer à la desquamation du calcaire et à la mise au jour du fossile.



Fig. 2b. - Gros plan du petit stromatopore de la fig. 1. 



Fig. 3. - État des lieux le 28 janv. 2012. Les stromatopores sont au centre de la photo.



Fig. 4a. - État des lieux le 25 juillet 2017. La vieille pierre a été remplacée par neuve, fraîchement bouchardée.



Fig. 5. - Le 457-459 promenade Sussex, Ottawa. Photo Margaret Coleman, Canadian Parks Service, 1988.